| Jeter
l'ancre Calé sur le siège à l'ergonomie scrupuleusement réglementaire, je me promenais distraitement, au hasard d'une nouvelle -Rencontres, d'Itzhak Orpaz- tirée d'un petit livret en format de poche. Mes yeux cahotaient d'une phrase à l'autre, au gré des arrêts du bus et de leur charroi hétéroclite. Marée haute de vos visages entrouverts, marée basse des effluves abandonnées, cardiogramme se déroulant au ralenti. Avec, entre chaque vague, le mouillage des mots, toutes ces pages blanches où l'on jette l'encre. Avec, entre chaque ligne, l'échappée horizontale, les pensées immobiles, nos mondes embrouillés.
"Pardon, pouvez-vous me laisser descendre ici ?" lui répondit, en un écho irréel, une voix aigrelette, à peine irritée, envolée du fond du bus. Le conducteur : "Oh, excusez-moi, j'ai oublié l'arrêt" ... l'arrêt oublié, le bus qui freine, tous ces inconnus qui soudain reprennent vie comme dans le bateau qui, de nuit, touche terre et, à l'avant, renvoyé par l'énorme rétroviseur intérieur, ce doux sourire de connivence sous la casquette du capitaine. |