« ../.. mais la chaleur du feu et de la famille installée au salon à lire... »

 

L'arbre aux souvenirs

En ces temps du tout-marchand
Ils m'ont dit que je devais couper l'arbre :
« Trop vieux, trop envahissant ».

J'ai pris la hache, la scie et mon canif
Et suis allé taillader les chairs sous l'écorce rêche.
J'ai entendu siffler la sève bouillonnante,

Vu vaciller le paisible veilleur échevelé,
Etonné et secrètement meurtri.
Il s'est s'abattu doucement, sans cri, sans pleur et sans haine.

Alors, méthodiquement, aveuglément,
J'ai raccourci, j'ai dégrossi, j'ai écarté,
Résumant la vie en petits tas désordonnés.

J'aimais l'odeur acidulée qui tombait sur la lande dévastée.

Il me faut désormais attendre
Que, cerne après cerne,
Sèchent ces amas noueux et leur mémoire concentrique,

Jusqu'à voir se fissurer leurs cœurs endurcis.
Attendre, en imaginant la douce flambée des veillées immobiles
Avec, pour seul viatique,

Le silence qui craque et les jets d'étincelles cosmiques
Eparpillant en un rite védique
Les cendres d'un passé qui ne demande qu'à renaître.

 

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